Sénégal, au revoir

Quoi de plus dur que l’aéroport miteux de Dakar-Yoff pour quitter ce pays qui m’a ouvert ses bras pendant presque trois ans. Sa file d’attente interminable avant de passer la douane, ses boutiques défraîchies qui vendent des souvenirs au prix fort, ses horloges qui ne sont même pas à l’heure… Depuis la salle d’attente, je vois au loin les collines des Mamelles qui me rappellent, avec nostalgie déjà, la vue imprenable qu’elles offrent sur le tout Dakar. Je ne m’en suis jamais lassé. Mes jambes se souviennent encore des nombreuses ascensions des quelques lacets menant au phare mais aussi des marches de l’imposante statue de la renaissance.

Dakar au premier abord peut paraître repoussante avec son architecture inexistante, sa circulation dense, sa saleté, ses coupures d’eau-d’électricité, tout ces bandits qui cherchent à arnaquer les touristes, les petits nouveaux… tout le monde en fait. Après des semaines à déambuler dans les rues, on s’y fait et on commence à apprendre les lois de la jungle urbaine. Quelques mots de wolof aident toujours. Malgré tout, on s’y sent bien dans cette ville. Ses petites plages ça et là, ses bons restaurants un peu partout, ses baobabs, ses flamboyants, ses petites boutiques de quartier ouvertes à n’importe quelle heure, ses cars rapides colorés qui déboîtent sans prévenir, ses taxis défoncés, ses vendeurs de carte orange qui crient "promosssion", ses troupeaux de zébus-moutons-chèvres qui se baladent dans la rue en liberté, ses charrettes en pleine circulation, ses couchers de soleil quotidiens, sa corniche, ses marchés animés, ses "Bonjour, ça va" qui durent 5 minutes, son climat parfait presque toute l’année, ses soirées sur les toits, ses appels à la prière martelant que Dieu est grand, ses apéros pieds dans l’eau avec une Flag et des cachuètes grillées à point…

Dakar c’est bien, mais le weekend on est content d’en sortir, aussi. Je me rappelle ces nombreuses heures perdues dans les bouchons de Thiaroye, Rufisque, Bargny à bouffer la fumée épaisse et noire des tacots nous entourant… que du bonheur! Mais ça, c’était avant. Avant que Wade eu la bonne idée de faire construire une autoroute et surtout avant qu’elle ne soit mise en service partiellement. Aujourd’hui, le Sénégal se rapproche un peu plus de Dakar et j’envie déjà ceux qui en profiteront totalement lorsqu’elle mènera jusqu’à Ndiass, lieu du futur aéroport (dont la date de livraison ne fait que reculer d’année en année). Bon, d’ici là, les autorités auront besoin de faire régner l’ordre sur une bande d’arrêt d’urgence qui ressemble tantôt à une piste de jogging tantôt à un lieu de rencontre, ou encore à un arrêt de bus.

Désormais le Sine Saloum n’est qu’à deux petites heures de la capitale. Cette région (classée au patrimoine mondiale de l’UNESCO) m’en aura fait voir de toutes les couleurs. Le vert de sa mangrove, le bleu de son ciel, le rouge de ses pistes en latérite, le noir de ses orages et toutes les autres dont sont parées les oiseaux… Un paysage de contrastes! Chaque séjour là bas est une aventure, dépaysement garanti, même au bout de la dixième fois : des flamants roses par ci, des dauphins par là, des pélicans là haut, des singes au fond… La nuit, les hyènes aux alentours se chargent de mettre l’ambiance. Mention spéciale à Mar Lodj où j’aurai passé de nombreux weekends hors de tout. Sur la route, un arrêt à Fadiouth, l’île aux coquillages, s’impose.

La Petite Côte, on la connaît tous. On en fait vite le tour mais on prend quand même plaisir à y retourner régulièrement pour échapper à l’agitation de la ville. Toubab Dialaw, Popenguine, la Somone, Saly… chacun aura sa préférence. Pour ma part, je retiens surtout les falaises et la réserve naturelle de Popenguine toutes de vert vêtues pendant l’hivernage. La Somone avec sa lagune, ses paillotes rasta et les huîtres du dimanche seront aussi de bons souvenirs. Toujours dans le genre petite escapade non loin de Dakar, le lac rose (rose, si vous avez de la chance) est un endroit fort sympathique pour changer d’air.

La langue de Barbarie mérite le déplacement, une langue de sable entre fleuve et océan animée par des oiseaux multicolores. Parfois, des dromadaires ou des singes traversent la route juste devant, normal. Saint-Louis quand à elle, dégage un charme particulier. Ses ruelles abandonnées laissent imaginer à quoi pouvait ressembler le lieu à l’époque coloniale. Malheureusement, il faudrait réagir, à ce rythme là, ce ne sera plus qu’une ville fantôme dans quelques décennies. Un peu au dessus, le parc du Djouj représente un paradis pour quiconque aime les oiseaux. Les pélicans par milliers créent un spectacle unique entre novembre et avril.

Enfin, la Casamance, redoutée par grand nombre de sénégalais mais appréciée de tous. Sa verdure toute l’année fait plaisir à voir et le trajet en bateau est un voyage en lui-même. Les casamançais sont très sympas et l’atmosphère générale est cool! Les villages sont paisibles et leurs majestueux fromagers centenaires vous font sentir très petit. Bref, il y a plein de choses à voir!

Mais… il est là, le Départ avec un grand "D". Celui qu’on repousse toujours un peu plus ou qu’on attend avec impatience, celui que l’on voit comme un mur ou au contraire comme un tremplin. Pour certains, c’est une volonté de partir, pour d’autres c’est la fin du contrat de travail qui sonne le glas. Pour moi ce sera un peu les deux. Je pense avoir fait le tour du Sénégal, on s’en rend compte lorsque il n’y a plus vraiment de dépaysement dans le quotidien et que certaines choses énervent telle que la conduite des sénégalais. Durant ces trois années, je n’aurai cessé de réaliser la qualité de vie que l’on peut avoir ici. J’imagine que vous l’aurez déjà compris après la lecture de mes articles. Ici, on est heureux, les gens sont heureux, en tout cas on voit des sourires à gauche, à droite, devant… Bien que la vie ne soit pas tout à fait rose non plus. Au bout d’un moment, on se sénégalise et on se surprend à commencer les discussions par des "ça va? et la famille? et la matinée?…" pendant 5 bonnes minutes. On "tchip" à tout va, vous savez, cette façon de dire "ouh lala" ou "pff" en faisant un bruit bizarre avec la bouche. Faire ses valises marque la fin de l’aventure et fait parfois couler quelques larmes nostalgiques en pensant au gens qu’on laisse ici, aux bons moments passés. En fait, la vie ici me manque déjà. Un jour ou l’autre, le départ est une fatalité pour tout petit homme qui s’installe loin de son patelin natal. Ceux pour qui le fromage et le saucisson sont plus fort que le goût de la découverte rentreront chez eux, contents tout de même d’avoir vécu autrement, ailleurs, pendant quelques temps. D’autres repartiront de plus bel parce qu’on est bien ailleurs, aussi…

Je vous mentirais si je vous disais que cette aventure s’est bien passée uniquement grâce aux beaux panoramas sénégalais et aux magnifiques couchers de soleil presque quotidiens… Non, c’est surtout grâce aux gens que j’ai rencontré. En majorité des expats comme je l’avais déjà expliqué dans un précédent article. Une multitude de personnes avec qui j’aurai eu plus ou moins d’affinités et qui auront participé à leur manière à mon bout de vie ici. C’est cette bulle sociale dans laquelle on se sent bien qui rend l’aventure meilleure. J’aurai vu un nombre presque incalculable de petits nouveaux arriver à Dakar, que j’ai accueilli pour certains grâce à ce blog (ils se reconnaîtront), mais surtout des départs à la pelle vous rappelant que ce sera votre tour, un jour. Certains resteront des connaissances, d’autres de très bons amis que je prendrai grand plaisir à revoir en douce France ou dans leur nouveau pays de résidence. Les gens que j’aurai côtoyé sont simples et ouverts d’esprit, d’ailleurs s’ils sont là, ce n’est pas pour rien et chacun possède son parcours atypique. Des liens forts se sont créés naturellement au fil du temps, car c’est ça la magie dakaroise. Parce qu’avant tout, ce qui m’a fait venir ici est mon travail, j’aurai apprécié mon expérience professionnelle et les gens qui m’ont entouré au bureau. Je me rappellerai aussi de ces personnes que j’ai croisées chaque jour, dans la rue, devenant des amis à force de se dire bonjour. Car oui, les sénégalais sont attachants (ceux qui ne voient pas les toubabs comme un porte-monnaie sur patte) et donnent l’impression que les gens en France font toujours la gueule.

Je vous remercie vous, mes lecteurs, avec qui j’aurai partagé mes découvertes, mes aventures, mes bons plans, mes photos… Je suis ravi d’avoir écrit ce carnet de voyage qui me remémorera de bons souvenirs et qui sera utile, encore longtemps j’espère, aux petits nouveaux s’installant au Sénégal ou encore aux touristes préparant leur périple au pays de la Teranga.

Sénégal, tu m’as accueilli. Sénégal, tu m’a rendu heureux. Sénégal, tu m’as changé.

Ba beneen yoon, inch Allah

Parce qu’à Dakar 5

Quand on te dit "J’arrive", tu sais que tu peux encore attendre… longtemps.

Quand il pleut averse, tu as l’impression qu’il y a des vendeurs de parapluie partout!

Parce qu’en France on a le 1/4 d’heure français, au Sénégal on a les 2h sénégalaises et on ne prévient surtout pas quand il y a du retard.

Quand les sénégalaises se baladent dans la rue, elles portent des hauts talons et quand elles arrivent au boulot elles sortent les claquettes.

Quand les sénégalaises ont des cheveux qui ne sont pas à elles sur la tête (sisi), elles se tapotent au lieu de se gratter pour ne pas se décoiffer.

Quand tu es une fille, en brousse, les petites filles te touchent tout le temps les cheveux.

Quand tu pars en brousse et que tu rencontres un bébé qui n’a jamais vu de blanc, il pleure.

Quand un singe traverse la route devant toi, c’est normal.

Quand tu vois un cafard gros comme une main dans ta baignoire, c’est normal.

Quand tu vois un rat gros comme un chiot dans ton jardin, c’est normal.

Quand tu finis un restau avec des amis, une lutte acharnée commence pour savoir qui récupérera la petite monnaie.

Quand la nouvelle bouteille de la Gazelle est sortie, tu as cru à une révolution.

Quand une famille fait une fête en ville, elle pose sa grande tente au beau milieu d’une rue, la rue est bloquée, et puis alors?!

Quand il y a une fête en bas de chez toi, tu n’en peux plus d’entendre un mec brailler dans son micro avec un son qui sature pendant 2 jours et 2 nuits.

Quand tu montes dans un taxi le conducteur teste toujours ton niveau de Wolof.

Quand tu tends un billet de 10 000 à un taximan, il te tue du regard et marmonne en Wolof.

Quand tu vois une grosse pierre de chaque côté de la route, c’est qu’il y a un dos d’âne.

Quand tu rencontres un feu tricolore la plupart du temps il ne sert à rien car il est soit en panne, soit remplacé par un gendarme soit ignoré par les automobilistes.

Quand le dernier tronçon d’autoroute a ouvert, tu t’es réjoui de ne plus traverser les "stations balnéaires" Thiaroye, Rufisque, Bargny…

Quand tu es au péage, tu peux rester 10 min parce qu’un mec devant toi conteste le prix ou ne veut tout simplement pas payer.

Quand tu vois les bus de la Dakar Dem Dikk, tu te dis que ce sont les seuls transports publics au monde à avoir un pare-buffle à l’avant et à l’arrière comme les gros 4X4.

Quand certains de tes amis traversent les 4,5km à la nage entre Dakar et l’île de Gorée, tu peux leur mettre un pin’s "I’m a Heros".

Quand la Tabaski approche, Dakar et sa banlieue devient une ferme géante avec des moutons partout dans les rues.

Quand c’est le jour de la Tabaski, Dakar se transforme en abattoir à ciel ouvert et les plages en poubelles à abats.

Quand un jour férié approche, tu ne sais pas toujours à quelle date il sera fixé, parfois tu ne le sauras que la veille, "il faut voir la lune quoi!".

Où bien manger à Dakar?

Dakar regorge de restaurants très sympathiques. Quelque soit votre budget, vous en trouverez forcément un qui vous plaira, pas très loin. Rangez votre Guide du routard ou votre Lonely Planet et laissez vous plutôt guider par la carte ci-dessous!

En vert, petit budget : moins de 5000 FCFA / 7,50 €
En jaune, budget moyen : environ 10000 FCFA / 15 €
En rouge, gros budget : 15000 FCFA / 23 € et plus

Daily life 3

Parce que c’est bientôt la fin de l’aventure sénégalaise, voici une nouvelle série de clichés du quotidien pour se rappeler combien la vie est belle ici.

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Le Gabon : l’Afrique version "into the wild"

"Si vous voyez un buffle, allongez vous au sol! Et si vous voyez un éléphant, ne paniquez pas et restez immobiles!", nous disait Daniel, le guide de la forêt. On vous annonce la couleur: le Gabon, c’est sauvage et c’est pour ça qu’on aime s’y balader. Tout au long de notre périple, nous attendrons la rencontre de l’animal comme on la craindra.

Départ de Dakar pour Libreville en avion avec Air Côte d’Ivoire, bien plus fiable que Senegalère Lines. Après 6 heures et un stop à Abidjan, nous arrivons à Libreville. La capitale ne présente pas grand intérêt si ce n’est qu’elle a les pieds dans l’eau, si bien qu’à marée haute, les vagues effleurent le bitume de la route longeant l’estuaire. Venant de Dakar, nous sommes agréablement surpris par le bon état et l’ordre du centre ville. Le parc automobile est récent et fait passer celui de Dakar pour une antiquité. La qualité de l’air s’en ressent d’ailleurs, la pollution y est bien plus faible. À peine sortis de la capitale, qu’on commence à apercevoir la flore locale : humide, verte et dense, fruit de pluies incessantes qui se déversent de septembre a juin. Au cap Esterias, à 15 minutes au nord de Libreville, on découvre pour la première fois la plage gabonaise. L’eau est chaude, alors que nous sommes à la période où la température de l’air est la plus basse de l’année. La plage est bordée d’une verdure luxuriante. Sur la route, une ballade en forêt nous donne un aperçu de ce que nous verrons lors de notre séjour, notamment des arbres immenses emmitouflés de longues lianes, comme dans Tarzan!

Au Gabon, les parcs nationaux sont nombreux. Nous décidons de commencer par visiter le parc national des Monts de Cristal : montagnes recouvertes d’une forêt dense ou les cascades et les rivières côtoient les fleurs et les papillons. Cette végétation serait la plus riche de l’Afrique paraît il. Ce qui est sûr, c’est que le climat est propice. Très humides, les Monts de Cristal sont recouverts en permanence d’une brume épaisse qui laisse parfois échapper un agréable rayon de soleil. Après 3 heures de route/piste depuis Libreville, nous arrivons au barrage de Kinguele. Etant donné le manque d’infrastructures touristiques, la Société des Eaux et Energies Gabonaise (SEEG) y met à disposition un hébergement confortable et une restauration copieuse pour 15 000F la nuit en pension complète. Sur la route, nous sommes émerveillés par l’immensité des arbres et nous croisons pour la première fois une énorme bouse que nous suspectons être celle d’un éléphant. Serait-il possible que ces pentes abruptes et cette forêt compacte abritent ces pachydermes? Pour en avoir le cœur net, nous posons la question au personnel de la SEEG. Perdus en pleine nature, ils vivent pendant un mois complet dans un village fantôme qui se dresse au bord d’une rivière. "Oui, il y a beaucoup d’éléphants ici et des antilopes aussi. Mais en ce moment la piste est en travaux et le bruit des machines fait fuir les animaux. Vous aurez peut-être plus de chance au niveau du deuxième barrage, à Tchimbele." Après avoir visité de ravissantes chutes et une bonne nuit de sommeil, nous continuons notre route pour atteindre le deuxième barrage. Bien plus imposant, il approvisionne une bonne partie de l’électricité de Libreville. Des employés très chaleureux nous font visiter le site. La quasi totalité des machines se trouvent sous terre, à 120 mètres de profondeur, un site impressionnant. À l’extérieur, une immense étendue d’eau artificielle permet d’alimenter le barrage. Quand je leur demande s’ils voient des animaux, ils me répondent que oui, régulièrement, ils viennent se désaltérer au bord du lac. Moments magiques aussi habituels pour eux que le serait le vol d’un moineau pour nous. Pourtant, pas d’animaux à l’horizon, ni d’éléphant. À notre retour, nous croiserons des traces de passages des pachydermes, caractéristiques par l’écrasement des branches et des fourrées, ainsi que de nombreux excréments : lots de consolations des explorateurs déçus.

Nous poursuivons notre séjour au parc national de Pongara. Après 30 minutes de bateau pour traverser l’estuaire de Libreville et une heure de 4X4, nous voilà arrivés dans une large clairière encerclée par la plage et la jungle. Nos bungalows, de ravissantes cabanes en bois tout confort avec vue sur la plaine, donnent l’impression d’être le Robinson Crusoe des temps modernes. Ici, on prend le temps de prendre son temps. Une ballade le long de la plage nous permet d’admirer la forêt qui se jette sur la plage déserte de sable blanc, jalonnée de vieilles grumes. On guette aussi l’animal sauvage en faisant une halte dans les marais du bord de mer : éléphants, hippopotames, buffles, panthères, singes… La nature en est remplie. Il est pourtant très difficile de les apercevoir tant ils se cachent dans le bois. Au restaurant le soir, sur la terrasse en bois décorée de masques et de sculptures africaines, on nous raconte qu’il est fréquent de croiser des éléphants. "L’éléphant, d’abord tu entends ses pas, tu ressens les vibrations du sol et tu sens son odeur avant même de le voir", nous dit le gérant: un marin breton bon vivant qu’on aime entendre raconter ses périples. Cette nuit là, j’ai senti des vibrations, mais était-ce l’éléphant? Quand les explorateurs ne sont pas là, les éléphants dansent. C’est au petit matin qu’on découvrira les traces des frasques nocturnes de l’éléphant, pas très loin de notre porte.

Le lendemain réveil à 5h. Nous continuons notre recherche lors d’une ballade de 3 heures en forêt en compagnie de Daniel, le guide de Pongara. Muni d’un coupe-coupe presque aussi grand que lui, il se faufile agilement entre les branches de cette forêt qu’il connaît maintenant par cœur. Un craquement, tout le monde s’arrête. Le guide tourne la tête à droite, à gauche, en haut, puis continue son chemin en silence. Pas très loquace Daniel. Alors on se demande : était ce un oiseau? Un singe? Un marsupilami peut être, que sais-je? Plus rien ne m’étonnerait dans cette forêt mystérieuse. Finalement nous croisons un buffle apeuré, puis une mue de python (soulagés de ne pas rencontrer le serpent immense qui la portait), mais toujours pas d’éléphant. Peu importe, les paysages sont magnifiques et l’eau de la mer est chaude. Nous continuerons à observer les traces d’animaux sur la plage et rêverons a la bête étrange qui a pu passer par là. Puis, nous comptons beaucoup sur notre dernière étape: le parc national de l’Ivindo.

Le parc national de l’Ivindo est à l’état sauvage. Formé de jungle, arpenté par une rivière qui a donné son nom au parc, on y trouve les chutes les plus importantes d’Afrique centrale. L’homme est tellement peu présent dans cette zone que même les sentiers empruntés par les guides sont créés par les pas de l’éléphant. Sa particularité : sa forêt compte parmi les dernières au monde à abriter des populations de gorilles.

Un gorille est passé par là

Un gorille est passé par là…

Mais visiter l’Ivindo, ça se mérite! De Libreville, nous comptons 8 heures de train, 4 heures de piste et 3 heures de pirogues pour arriver sur le seul campement du parc, dirigé par la FIGET (Fondation Internationale du Gabon pour l’Eco Tourisme). Réalisé de nuit, ce trajet s’avère être un véritable périple. On retrouve dans le wagon un confort identique à celui des trains français, si ce n’est les secousses, le bruit et parfois l’odeur du poisson séché et du manioc. Durant ce trajet, je franchis pour la première fois l’équateur! Arrivés en gare de Boué à 4h30 du matin, un 4×4 au son d’un zouk enflammé nous conduit façon Sébastien Loeb jusqu’à Makokou où des piroguiers nous attendent pour nous mener au campement. Sur la pirogue taillée d’un bloc dans un large tronc d’arbre, nous sommes de nouveau subjugués par la beauté du paysage : nous glissons sur l’eau noire de l’Ivindo entourés de par et d’autres d’une forêt verte émeraude, haute comme le ciel. La rivière miroite l’horizon. La ballade serait paisible si des rapides ne venaient pas perturber la tranquillité de l’eau. Les piroguiers sont agiles, nous voilà rassurés, nous passons les rapides tour à tour sans chavirer mais nous nous demandons déjà comment nous les remonterons au retour…

Alors que nous avions perdu tout espoir d’observer des animaux sauvages en forêt, et encore moins ce satané pachyderme qui nous joue des tours depuis le début de notre voyage, nous croisons à deux minutes de l’arrivée le tant attendu éléphant! Seul à grignoter des feuillages au bord de l’eau, il n’est que très peu intéressé par notre présence. Il relève parfois les yeux brièvement l’air de dire: "Ben tu t’attendais à quoi?!". Ce sera le premier et le dernier que nous croiserons. Des étoiles plein les yeux, nous arrivons au campement.

Eléphant dans l'Ivindo

"Ben, tu t’attendais à quoi?!"

Spartiate, le camp se compose de quelques cabanes en bois au cœur de la forêt, non loin des chutes de Kongou. Pour les toilettes, c’est après le troisième tronc à droite et la salle de bain se trouve au fond, dans la baignoire naturelle que nous offre la cascade. Ici, on ne recherche pas le confort mais l’aventure, et nous la vivrons au cours de longues ballades en forêt.

Menés par une joyeuse équipe de guides, nous découvrons les richesses de l’Ivindo. Ses chutes d’eau sont vertigineuses, sa forêt abrite une végétation chatoyante et surtout une ribambelle d’espèces d’animaux sauvages (singes, éléphants, panthères, buffles, phacochères…), qui joueront à cache cache avec nous pendant tout le séjour : nous observerons leurs empreintes, nous croiserons leurs crottes et surtout nous entendrons leurs cris mais nous les verrons peu car, contrairement à la savane, il est relativement difficile d’observer un animal en forêt. Souvent, des singes perchés en haut des arbres joueront aux ombres chinoises avec nous. Une fois, notre regard croisera même une grande ombre noire traversant notre sentier quelques dizaine de mètres devant nous : un gorille.

Le soir, c’est sur une terrasse en bois qui surplombe les chutes que nous prenons notre dîner, simple mais copieux. Puis nous nous asseyons avec les guides autour du feu et nous les écoutons parler de leurs fantastiques aventures. De ces fois où Rodrigue a croisé le gorille ou de l’autre quand Patrick s’est fait chargé par l’éléphant. D’ailleurs, saviez vous que le Gabon regorge d’espèces dangereuses de serpent? La vipère gabonaise et le mamba vert par exemple, terrasseraient l’éléphant d’une seule morsure. L’homme quant à lui n’y survit pas plus de 10 secondes. C’est la boule au ventre que nous rejoignons notre cabane, à la lueur des lucioles par centaines formant un tapis d’étoiles au sol.

Au coucher, l’aventure continue. Les bruits de la jungle tantôt nous bercent, tantôt nous réveillent brusquement. "- Tu as entendu? -Oui! C’est un éléphant qui mange juste à côté de la cabane! – Tu crois? – Oui écoute comme ça craque et comme ça vibre! – Mais non, ça marche sur la terrasse en bois, ça doit être un gros singe! – Un gorille?!! ". On se lève, on ferme la porte à clé, on ferme la moustiquaire, on ferme le drap, on ferme les yeux, tremblants. CROUIC!! " – Tu as entendu?? – Oui, c’est dans la chambre, allume la lumière! – Oh mon dieu, un animal dans le trou là bas! Un serpent!! – Mais non, c’est une souris, regarde! ". Bien décidée à nous voler notre goûter, serait ce une petite souris de rien du tout qui sème la terreur? Nous nous rendormons, fébriles.

Trois jours se passent et l’heure est au départ. Nous remontons avec dextérité les rapides de l’eau divine et sa forêt sauvage qui gardera bien des mystères.

En partant à la recherche des bêtes sauvages, nous avons croisé bien des trésors. Surtout, nous avons découvert une population qui, malgré sa réputation, nous a accueilli les bras ouverts et le sourire aux lèvres. Maintenant sachez, aventuriers en herbe, qu’explorer le Gabon a un coût, et il ne convient pas à toutes les bourses! Alors pour jouer à cache-cache avec les animaux, à vos portes monnaie, prêts, partez :

  • Visa : 50 000 FCFA/ 75 €
  • Billet d’avion : 460 000 FCFA/ 700 € aller/retour depuis Dakar avec Air Côte d’Ivoire
  • Parc national des Monts de Cristal : 15 000 FCFA/ 23 € la nuit dans les locaux de la SEEG (le bon plan) + 5000 FCFA/ 7,5 € de guide
  • Parc national de Pongara : 200 000 FCFA/ 300 € la nuit pension complète par personne à Pongara lodge
  • Parc national de l’Ivindo : 220 000 FCFA/ 330 € les 3 jours et 2 nuits tout compris par personne (excursions incluses) au campement de la FIGET + 45 000 FCFA/ 69 € de train en 2nd classe + 100 000 FCFA/ 150 € de transfert en 4X4 (aller/retour).

La Casamance, l’autre Sénégal

La Casamance, crainte par certains, adulée par d’autres. Lointaine et proche à la fois de Dakar. C’est un vrai voyage que de se rendre dans cette région au sud du pays. Embarquer en bateau plutôt qu’en avion est un bon choix, pour les moins pressés. Départ à 19h. Les cabines sont très propres et les plus fortunés prendront celles de 2 ou 4 couchettes avec une douche perso en bonus. Dans tous les cas, évitez les fauteuils encore plus exigus que dans un avion! Les sacs plastique accrochés un peu partout sur les rambardes annoncent la couleur… ça peut secouer! L’ambiance au bar à l’arrière du bateau peut surprendre, ça danse jusqu’au bout de la nuit! Vous vous réveillez au petit matin sur le fleuve Casamance à observer la mangrove tout autour et les dauphins faisant mumuse quelques mètres plus bas. Comptez environ 50€ l’aller/retour contre 120€ en avion avec Sénégalère Lines. Ce qui est sûr, c’est que le bateau sera ponctuel, lui.

Arrivé à Ziguinchor, Zig’ pour les intimes, vous pourrez dire votre premier "Kassoumaï!" (bonjour). La ville n’ayant pas grand chose à offrir niveau tourisme, nous nous déplaçons rapidement vers la gare routière d’où partent les taxis 7 places vers tous les bleds de la région. Les prix sont très bon marché, 1500F par tête par exemple pour aller à Cap Skirring, à ~40km de là. Pour notre part, nous prenons la direction d’Elinkine avec une situation plutôt centrale en Casamance touristique du sud ouest. Très souvent, nous verrons la présence de militaires au bord de la route et nous n’échapperons pas à un petit contrôle. Nous dormons dans le campement villageois, simple et propre. Le tenancier vous racontera un tas d’anecdotes intéressantes sur la région. Nico, le petit singe, assurera le spectacle tandis que les crocodiles vous ferons frissonner. Nous faisons connaissance avec le vin de palme au goût très particulier et tapant vite sur le système… Le village en lui même ressemble à un village lambda de Casamance, on s’y ballade tranquillement en admirant les majestueux et imposants fromagers (l’arbre hein). Petit plus, nous avons eu la chance d’assister au défilé du 4 avril, fête nationale du Sénégal. Militaires et élèves de l’école étaient de la partie.

Le lendemain nous mettons le cap sur la rive d’en face, l’île d’Efrane, au sud de l’île de Carabane. Le campement où nous posons nos valises est très rudimentaire (ni eau, ni électricité) mais les cases faites de branches tressées sont très charmantes et la nuit à 2000FCFA/3€ fait plaisir. Les hamacs éparpillés ça et là à l’ombre des arbres permettent de profiter du calme de l’endroit. Nos tentatives de pêche à la palangrotte ne donneront rien. Le soir, nous nous retrouvons autour d’un feu pour griller du poisson et des huîtres de mangroves encore sur leurs branches. Nous les dégusterons d’ailleurs toujours sur leurs branches. Le lendemain, nous faisons un petit tour en pirogue dans la mangrove aux alentours. Nous nous arrêtons sur un îlot où l’on récolte le vin de palme. Le clou de la visite est une cabane construite tout en haut d’un arbre, à une bonne dizaine de mètres, offrant une vue imprenable sur les alentours.

Prochaine étape du séjour, Cap Skirring, station balnéaire connue pour ses belles plages. Notre grand nombre nous permet d’y aller en pirogue depuis l’île de Carabane, meilleur rapport temps/prix que la route. Sur place, nous posons nos sacs à dos au "Paradise", petit campement sans grandes prétentions sur la plage à environ 5000FCFA/7,50€ la nuit. Nous faisons connaissance avec la plage et surtout ses zébus d’une nonchalance extrême se pavanant sur le sable. A part ça, le village du Cap en lui même n’a pas vraiment de charme. Lors d’une balade sur la plage nous avons été alpagué plusieurs fois et pas toujours de manière sympathique. Nous avons eu une mauvaise intuition une fois avoir passé la plage du Club Med avec des gens louches sortant de nul part et apparaissant de plus en plus nombreux à mesure que nous avancions. Pendant ces 2 jours au Cap, nous avons eu la chance d’aller faire un tour au festival des rizières de Diembereng à quelques km de là. Nous irons y faire un tour le premier soir où nous assistons à une soirée concert reggae régie par des gars du Fil de Saint-Etienne ainsi qu’à un tournoi de lutte le lendemain. Bonne ambiance sur la place du village, au pied d’immenses fromagers.

Le retour vers Ziguinchor se fait sans encombre en taxi sept places. Nous embarquons sur le bateau dans l’après-midi. Comme on nous l’avait dit, le retour est bien plus mouvementé, ça tangue fortement même! Attention donc aux estomacs fragiles. Il est 6h, Dakar s’éveille. Les vacances se terminent avec une envie de revenir.

Crédits photos : Solin, Colin, Maria, Vin’s, Toun, Charles

La photo du jour (27/06/2013)

Barack Obama est arrivé hier soir à Dakar. Pour son premier déplacement en ville ce matin, tout le Sénégal s’est donné rendez-vous sur l’avenue de la République, menant au palais présidentiel. Chacun porte les couleurs du Sénégal et des Etats Unis sur un t-shirt ou un drapeau. La ville est en liesse, les gens dansent, chantent, jouent de la musique.

Obama à Dakar