Sénégal, au revoir

Quoi de plus dur que l’aéroport miteux de Dakar-Yoff pour quitter ce pays qui m’a ouvert ses bras pendant presque trois ans. Sa file d’attente interminable avant de passer la douane, ses boutiques défraîchies qui vendent des souvenirs au prix fort, ses horloges qui ne sont même pas à l’heure… Depuis la salle d’attente, je vois au loin les collines des Mamelles qui me rappellent, avec nostalgie déjà, la vue imprenable qu’elles offrent sur le tout Dakar. Je ne m’en suis jamais lassé. Mes jambes se souviennent encore des nombreuses ascensions des quelques lacets menant au phare mais aussi des marches de l’imposante statue de la renaissance.

Dakar au premier abord peut paraître repoussante avec son architecture inexistante, sa circulation dense, sa saleté, ses coupures d’eau-d’électricité, tout ces bandits qui cherchent à arnaquer les touristes, les petits nouveaux… tout le monde en fait. Après des semaines à déambuler dans les rues, on s’y fait et on commence à apprendre les lois de la jungle urbaine. Quelques mots de wolof aident toujours. Malgré tout, on s’y sent bien dans cette ville. Ses petites plages ça et là, ses bons restaurants un peu partout, ses baobabs, ses flamboyants, ses petites boutiques de quartier ouvertes à n’importe quelle heure, ses cars rapides colorés qui déboîtent sans prévenir, ses taxis défoncés, ses vendeurs de carte orange qui crient « promosssion« , ses troupeaux de zébus-moutons-chèvres qui se baladent dans la rue en liberté, ses charrettes en pleine circulation, ses couchers de soleil quotidiens, sa corniche, ses marchés animés, ses « Bonjour, ça va » qui durent 5 minutes, son climat parfait presque toute l’année, ses soirées sur les toits, ses appels à la prière martelant que Dieu est grand, ses apéros pieds dans l’eau avec une Flag et des cachuètes grillées à point…

Dakar c’est bien, mais le weekend on est content d’en sortir, aussi. Je me rappelle ces nombreuses heures perdues dans les bouchons de Thiaroye, Rufisque, Bargny à bouffer la fumée épaisse et noire des tacots nous entourant… que du bonheur! Mais ça, c’était avant. Avant que Wade eu la bonne idée de faire construire une autoroute et surtout avant qu’elle ne soit mise en service partiellement. Aujourd’hui, le Sénégal se rapproche un peu plus de Dakar et j’envie déjà ceux qui en profiteront totalement lorsqu’elle mènera jusqu’à Ndiass, lieu du futur aéroport (dont la date de livraison ne fait que reculer d’année en année). Bon, d’ici là, les autorités auront besoin de faire régner l’ordre sur une bande d’arrêt d’urgence qui ressemble tantôt à une piste de jogging tantôt à un lieu de rencontre, ou encore à un arrêt de bus.

Désormais le Sine Saloum n’est qu’à deux petites heures de la capitale. Cette région (classée au patrimoine mondiale de l’UNESCO) m’en aura fait voir de toutes les couleurs. Le vert de sa mangrove, le bleu de son ciel, le rouge de ses pistes en latérite, le noir de ses orages et toutes les autres dont sont parées les oiseaux… Un paysage de contrastes! Chaque séjour là bas est une aventure, dépaysement garanti, même au bout de la dixième fois : des flamants roses par ci, des dauphins par là, des pélicans là haut, des singes au fond… La nuit, les hyènes aux alentours se chargent de mettre l’ambiance. Mention spéciale à Mar Lodj où j’aurai passé de nombreux weekends hors de tout. Sur la route, un arrêt à Fadiouth, l’île aux coquillages, s’impose.

La Petite Côte, on la connaît tous. On en fait vite le tour mais on prend quand même plaisir à y retourner régulièrement pour échapper à l’agitation de la ville. Toubab Dialaw, Popenguine, la Somone, Saly… chacun aura sa préférence. Pour ma part, je retiens surtout les falaises et la réserve naturelle de Popenguine toutes de vert vêtues pendant l’hivernage. La Somone avec sa lagune, ses paillotes rasta et les huîtres du dimanche seront aussi de bons souvenirs. Toujours dans le genre petite escapade non loin de Dakar, le lac rose (rose, si vous avez de la chance) est un endroit fort sympathique pour changer d’air.

La langue de Barbarie mérite le déplacement, une langue de sable entre fleuve et océan animée par des oiseaux multicolores. Parfois, des dromadaires ou des singes traversent la route juste devant, normal. Saint-Louis quand à elle, dégage un charme particulier. Ses ruelles abandonnées laissent imaginer à quoi pouvait ressembler le lieu à l’époque coloniale. Malheureusement, il faudrait réagir, à ce rythme là, ce ne sera plus qu’une ville fantôme dans quelques décennies. Un peu au dessus, le parc du Djouj représente un paradis pour quiconque aime les oiseaux. Les pélicans par milliers créent un spectacle unique entre novembre et avril.

Enfin, la Casamance, redoutée par grand nombre de sénégalais mais appréciée de tous. Sa verdure toute l’année fait plaisir à voir et le trajet en bateau est un voyage en lui-même. Les casamançais sont très sympas et l’atmosphère générale est cool! Les villages sont paisibles et leurs majestueux fromagers centenaires vous font sentir très petit. Bref, il y a plein de choses à voir!

Mais… il est là, le Départ avec un grand « D« . Celui qu’on repousse toujours un peu plus ou qu’on attend avec impatience, celui que l’on voit comme un mur ou au contraire comme un tremplin. Pour certains, c’est une volonté de partir, pour d’autres c’est la fin du contrat de travail qui sonne le glas. Pour moi ce sera un peu les deux. Je pense avoir fait le tour du Sénégal, on s’en rend compte lorsque il n’y a plus vraiment de dépaysement dans le quotidien et que certaines choses énervent telle que la conduite des sénégalais. Durant ces trois années, je n’aurai cessé de réaliser la qualité de vie que l’on peut avoir ici. J’imagine que vous l’aurez déjà compris après la lecture de mes articles. Ici, on est heureux, les gens sont heureux, en tout cas on voit des sourires à gauche, à droite, devant… Bien que la vie ne soit pas tout à fait rose non plus. Au bout d’un moment, on se sénégalise et on se surprend à commencer les discussions par des « ça va? et la famille? et la matinée?… » pendant 5 bonnes minutes. On « tchip » à tout va, vous savez, cette façon de dire « ouh lala » ou « pff » en faisant un bruit bizarre avec la bouche. Faire ses valises marque la fin de l’aventure et fait parfois couler quelques larmes nostalgiques en pensant au gens qu’on laisse ici, aux bons moments passés. En fait, la vie ici me manque déjà. Un jour ou l’autre, le départ est une fatalité pour tout petit homme qui s’installe loin de son patelin natal. Ceux pour qui le fromage et le saucisson sont plus fort que le goût de la découverte rentreront chez eux, contents tout de même d’avoir vécu autrement, ailleurs, pendant quelques temps. D’autres repartiront de plus bel parce qu’on est bien ailleurs, aussi…

Je vous mentirais si je vous disais que cette aventure s’est bien passée uniquement grâce aux beaux panoramas sénégalais et aux magnifiques couchers de soleil presque quotidiens… Non, c’est surtout grâce aux gens que j’ai rencontré. En majorité des expats comme je l’avais déjà expliqué dans un précédent article. Une multitude de personnes avec qui j’aurai eu plus ou moins d’affinités et qui auront participé à leur manière à mon bout de vie ici. C’est cette bulle sociale dans laquelle on se sent bien qui rend l’aventure meilleure. J’aurai vu un nombre presque incalculable de petits nouveaux arriver à Dakar, que j’ai accueilli pour certains grâce à ce blog (ils se reconnaîtront), mais surtout des départs à la pelle vous rappelant que ce sera votre tour, un jour. Certains resteront des connaissances, d’autres de très bons amis que je prendrai grand plaisir à revoir en douce France ou dans leur nouveau pays de résidence. Les gens que j’aurai côtoyé sont simples et ouverts d’esprit, d’ailleurs s’ils sont là, ce n’est pas pour rien et chacun possède son parcours atypique. Des liens forts se sont créés naturellement au fil du temps, car c’est ça la magie dakaroise. Parce qu’avant tout, ce qui m’a fait venir ici est mon travail, j’aurai apprécié mon expérience professionnelle et les gens qui m’ont entouré au bureau. Je me rappellerai aussi de ces personnes que j’ai croisées chaque jour, dans la rue, devenant des amis à force de se dire bonjour. Car oui, les sénégalais sont attachants (ceux qui ne voient pas les toubabs comme un porte-monnaie sur patte) et donnent l’impression que les gens en France font toujours la gueule.

Je vous remercie vous, mes lecteurs, avec qui j’aurai partagé mes découvertes, mes aventures, mes bons plans, mes photos… Je suis ravi d’avoir écrit ce carnet de voyage qui me remémorera de bons souvenirs et qui sera utile, encore longtemps j’espère, aux petits nouveaux s’installant au Sénégal ou encore aux touristes préparant leur périple au pays de la Teranga.

Sénégal, tu m’as accueilli. Sénégal, tu m’a rendu heureux. Sénégal, tu m’as changé.

Ba beneen yoon, inch Allah